BARNES (D.)


BARNES (D.)
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BARNES DJUNA (1892-1982)

L’une des femmes de lettres les plus marquantes de la littérature contemporaine, Djuna Barnes est née dans l’État de New York (à Cornwall on the Hudson) dans une famille lettrée (semblable à celle qui est décrite dans son roman Ryder ). Elle entreprit d’étudier les beaux-arts. L’originalité de ses dessins la distingua bien vite des autres écrivains peintres, tels D. H. Lawrence et H. Miller. On lui fit même l’honneur de l’appeler le «Beardsley américain». Ses dessins, en effet, étaient inséparables de ses premières œuvres: A Book , A Book of Repulsive Women , Ryder . Sa fascination pour l’image plastique apparaît dès ses premiers poèmes dont la ressemblance avec les œuvres du mouvement imagiste ne saurait étonner. Ce n’est que plus tard, dans ses romans, que l’on pourra savourer la dextérité créatrice de ses images.

La carrière de Djuna Barnes débuta dans la bohème de Greenwich Village, et sa longue vie d’artiste marginale ne céda jamais aux compromis de la société bourgeoise de son époque. Dès 1919, elle donna au mot «bohème» une définition peu conventionnelle: «Être bohème, c’est savoir jouir de sa propre misère.» Elle entra, à cette époque, dans l’univers théâtral d’Eugène O’Neill et écrivit même quelques pièces en un acte pour The Province Town Players. Puis, afin de gagner sa vie, elle devint journaliste. Cette expérience fut, à la fois, une aide et une source de contrariété. Mais le journalisme fut aussi pour elle, comme pour beaucoup d’autres écrivains américains, une sorte d’école de la vie. L’écrivain francophile Nathalie Clifford Barney («L’amazone» de Remy de Gourmont) s’étonna de «l’extraordinaire capacité de l’auteur [D. Barnes] à saisir des milieux qu’elle avait toutes les raisons d’ignorer». Or son refus des barrières sociales lui permet justement de prendre ses distances vis-à-vis de la classe dont elle était issue, comme en témoigne son roman Ryder (1928). Cette œuvre nous présente l’un des personnages les plus étranges de la littérature moderne: le Dr Matthew O’Connor, inspiré d’un être réel, l’excentrique Dr Mahoney, un Américain exilé à Paris. Le personnage d’O’Connor va reparaître dans l’œuvre la plus puissante de Barnes: Le Bois de la nuit (Night Wood ), paru en 1936. L’année suivante, T. S. Eliot écrivit une célèbre introduction à la deuxième édition de ce livre et contribua ainsi au renom de D. Barnes. Dans son introduction, T. S. Eliot constate que l’œuvre plaît avant tout aux fervents lecteurs de poésie. De fait, la subtilité du langage poétique de Djuna Barnes n’est jamais masquée par un jargon abstrait; il heurte certains lecteurs oubliant que la littérature est art plutôt qu’enjeu intellectuel. De surcroît, la forme originale de son art a préfiguré une remise en question des modes narratifs: «J’ai une forme narrative, mais vous serez mis à l’épreuve pour la trouver.» Le Bois de la nuit , inspiré de Die Nachtwachen des Bonaventura , dont on ignore si Jean Paul ou Schelling en fut l’auteur, établit donc sa renommée. Dylan Thomas lui-même, dans Light and Dark , fit l’éloge de cette œuvre qu’il considérait comme l’un des trois grands livres jamais écrits par une femme.

On peut toutefois regretter que son œuvre fascine parfois davantage pour des raisons thématiques, comme le saphisme, que par ses mérites littéraires. La perfection de la forme fut le véritable but de la carrière de Djuna Barnes. D’où son éblouissement à l’apparition d’Ulysse qui lui fit affirmer, paraît-il: «Je n’écrirai plus jamais une ligne après la parution d’Ulysse .» Cette résolution n’eut, heureusement, aucun effet. Mais l’influence de Joyce se fait sentir dans Le Bois de la nuit : ce ne fut pas par hasard qu’elle choisit un personnage d’origine juive et un autre d’origine irlandaise...

La même puissance créatrice se retrouve chez Djuna Barnes dans les œuvres aussi diverses que ses nouvelles (Spillway , 1962) et sa dernière pièce en vers Antiphon , 1958).

Si elle reste encore peu connue du grand public, Djuna Barnes a néanmoins contribué à l’élaboration de nouvelles formes littéraires et a profondément marqué des écrivains aussi différents qu’Anaïs Nin et John Hawkes.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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